Kim Jong Un: le numéro un de la Corée du Nord

Les médias asiatiques et occidentaux continuent de savoir peu de choses à propos du leader actuel de la Corée du Nord. Celui-ci serait né dans la province du Pyongan du Nord le 8 mai 1983[1]. Concernant sa jeunesse, il fut éduqué en Suisse et en Allemagne entre 1996 et 2002 où il séjourna à Berne et à Genève. De 2002 à 2006, il étudia l’art militaire à l’Université Kim Il Sung, plus exactement il y reçut une éducation privée étant rarement mêlé aux autres étudiants.

A partir de 2006, Kim Jong Eun commença à travailler dans des organes du PTC. De 2006 à 2009, il travailla ainsi sous la tutelle de Choe Ik Kyu, un collègue de Kim Jong Il qui réalisèrent ensemble des films de Propagande. A partir de 2009, Kim Jong Eun rejoint des structures militaires et à partir d’avril de l’année en cours, il commença à travailler au sein de la CDN[2]. Un an après il reçoit ses 4 étoiles de général et fut nommé vice-directeur de la CDN. Sa carrière est cependant totalement différente de celle de son père. Son père Kim Jong Il a été nominé à la tête de la Corée du Nord dès 1968 (il n’avait que 26 ans alors)[3]. Cependant celui-ci a dut prouvé aux élites nord-coréennes qu’il était le seul à pouvoir contrôler les affaires de la Corée du Nord. Sa nomination officielle lors du 6ème congrès du PTC en septembre 1980 n’est que le résultat d’un dur travail au sein de certaines organisations cruciales de la Corée du Nord : le bureau de la sécurité personnelle de Kim Il Sung, le Département de la Propagande et de l’Agitation du CC PTC, le département de l’Organisation et de la Direction du CC PTC. Toutes ces organisations politiques furent courtisées par Kim Jong Il qui y tissa des relations franches avec les fonctionnaires dirigeant ces institutions politiques.

Kim Jong Eun (ext. droite) en compagnie de son père Kim Jong Il (centre) et de Pak Do Chun (extr. gauche)
Kim Jong Eun (ext. droite) en compagnie de son père Kim Jong Il (centre) et de Pak Do Chun (extr. gauche)

Pour en revenir à Kim Jong Eun, celui-ci n’a pas eu le temps de bâtir son réseau de connaissances tâche qu’il continue de réaliser. En effet les chercheurs s’occupant de la Corée du Nord estime que Kim Jong Eun a commencé à être préparé à la succession de Kim Jong Il uniquement en 2006[4]. Il n’a donc bénéficié que de 4 ans pour préparer sa carrière et sa position présente. C’est ainsi que dès 2006 que Kim Jong Eun accompagna son père dans le cadre d’inspections publiques[5]. Malgré tout ces 4 années (de 2006 à 2010) se sont avérées être cruciales pour l’expérience professionnelle de Kim Jong Eun qui a appris durant cette période à travailler avec les élites qui étaient déjà au pouvoir en Corée du Nord.

Ci contre un schéma récapitulant l’ascension de Kim Jong Eun[6]

L’ascension de Kim Jong Eun au pouvoir

1996-2006

Education de Kim Jong Eun

De 1996 à2002, Kim Jong Eun habite en Suisse et en Allemagne où Ri Chol s’occupe de la gestion de son instruction

De 2002 à 2006 Kim Jong Eun bénéficie d’un formation militaire au sein de l’Université Kim Il Sung

2006-2009

Travail de Kim Jong Eun au sein des organes du PTC

Kim Jong Eun travaille au sein de différents départements clés du PTC où il s’occupe de dossiers politiques et économiques
2009-2010

La propagande mentionne le successeur de Kim Jong Il dans la presse

La propagande nord-coréenne commence à mentionner l’idée de successeur à Kim Jong Il dans les médias nord-coréens destinés aux populations étrangères
2010-…

Kim Jong Eun est intronisé en public et continue de bâtir son pouvoir et son réseau.

Lors du VIème congrès du PTC en septembre 2010, Kim Jong Eun est officiellement présenté aux membres du PTC. Il est alors nommé au CC PTC, à la direction de la CMC et devient maréchal de l’APS

Une question demeure pour les chercheurs s’occupant de la Corée du Nord : est-ce que Kim Jong Eun règne sans partage sur la Corée du Nord ? N’est-il pas seulement une marionnette du système nord-coréen et est-ce que la Corée du Nord est gérée par un collectif ?

Il semblerait que le pouvoir de Kim Jong Eun est en réalité sous-estimé. Malgré son jeune âge, grâce à son éducation qui a débuté dès 2006 il a réussi à se tisser un réseau de connaissances fiables. Ce réseau était cependant indétachable de sa tante Kim Kyung Hee et de son oncle Jang Song Thaek qui ont lourdement œuvré à son instruction.

Kim Jong Eun (gauche) et son ennemi de toujours Kim Jong Nam (droite)
Kim Jong Eun (gauche) et son ennemi de toujours Kim Jong Nam (droite)

Pourquoi les membres de sa famille ? L’origine de la théorie de la succession du pouvoir en Corée du Nord remonte à la fin des années 60 et au début des années 70. Dès cette époque, Kim Il Sung se savant malade, pensait à sa succession. C’est pourquoi nominé son successeur ne lui assurerait pas seulement de la sécurité mais aussi de la satisfaction. En effet Kim Il Sung observait ce qui se passait en Chine (notamment la nomination de Lin Biao comme successeur de Mao) et en Union Soviétique (les effets de la déstalinisation et la critique du travail de Joseph Staline par Nikita Kroutchev) et savait que pour maintenir sons système, il se devait de nominer un successeur. Kim Il Sung cherchait aussi à éviter qu’il soit critiquer après sa mort et que des conflits au sein de sa famille émergent. Hwang Yang Yop, le principal idéologue du PTC affirma que dès 1965 Kim Il Sung souhaitait transmettre le pouvoir à un de ses fils. En effet il considéra que seul un de ses membres de sa famille pourrait lui succéder car Kim Il Sung pouvait uniquement faire confiance à des membres de sa famille. Dans un premier temps Kim Il Sung pensa à son frère cadet Kim Yong Jun, néanmoins celui-ci était déjà malade à cette époque (Kim Yong Jun était souvent soigné en Roumanie[7]) , c’est pourquoi Kim Il Sung choisit alors son fils Kim Jong Il comme potentiel successeur. Tout cela explique donc que Kim Jong Eun, éduqué dans l’esprit de son père – bien que loin de lui en Suisse – continue de perpétuer la tradition de faire confiance uniquement aux membres les plus proches de sa famille. De source chinoise ses plus proches conseillers seraient les membres les plus proches de sa famille .

[1] Entretien réalisé avec un réfugié nord-coréen. Pour des raisons de sécurité l’identité du réfugié ne peut pas être divulguée.

[2] L’appareil militaire nord-coréen est contrôlé par la CDN, un organe formé par Kim Jong Il.

[3] Dziak Waldemar J., Korea Północna u źródeł rodzinnej sukcesji władzy, ISP PAN Collegium Civitas, Warszawa 2009, p. 248.

[4] Entretien réalisé par l’auteur avec le professeur Cheong Seong Chang en juillet 2012 à l’Institut Saejong.

[5] Entretien réalisé par l’auteur avec le professeur Cheong Seong Chang en juillet 2012 à l’Institut Saejong.

[6] Des informations complémentaires peuvent être trouvées dans l’article du professeur Cheong Seong Chang  (Institut Saejong) intitulé « La succession du pouvoir en Corée du Nord et ses implications sur la politique extérieure du pays », Hérodote, Paris La Découverte, 2ème trimestre 2011, pp. 66-73.

[7] Jung Chang Hyun, Kim Jong Il of Korea, Jun Hang Books, Seoul 2009, p. 360.

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