La nomenklatura nord-coréenne

Les élites nord-coréennes peuvent être définies de la manière suivante: il s’agit des membres du PTC, des officiers de l’APC, de ceux qui ont des activités commerciales internationales ainsi que des familles qui leur sont rattachés. Il existe en Corée du Nord, deux lignées familiales importantes qui sont sources de toutes reproductions d’élites. Ce sont les lignées de la famille des Kims ainsi que de ses partisans.

La lignée de la famille des Kims, que l’on nomme la lignée Paektu tire son nom de l’endroit où serait théoriquement né Kim Jong-il. Quand à la lignée des partisans, il s’agit des descendants des partisans de Kim Il-sung qui luttèrent à ses côtés lors de l’Occupation Japonaise. Celle lignée peut être également définie comme étant celle des défenseurs de la lignée Paektu, en d’autres termes, les défenses de la famille des Kims, ceux qui seraient prêts à mourir pour cette famille. La lignée Paektu est soulignée de diverses manières dans la presse politique nord-coréenne. Par exemple, lors des élections à l’APS  en février 2014, Kim Jong-eun était nommé comme étant le candidat de la 111ème circonscription dite « Paektu »[1]. Cette circonscription serait une unité de l’APC localisée près du Mont Paektu[2].

Les élites nord-coréennes sont passées historiquement de la mission de la lutte face à l’Occupant Japonais durant la période allant de 1919 à 1945, à la création de l’état nord-coréen (que l’on peut situer à l’époque 1945-1958, année de la fin de la vague des purges au sein du PTC) et qui dorénavant ont des tâches générales à effectuer relatives à l’économie et au système politique nord-coréen. Les élites nord-coréennes trouvent protection dans le PTC qui en échange demande une loyauté infaillible qui se manifeste par la réalisation de tâches diverses visant à satisfaire les cadres les plus hauts placés de l’appareil politique. Les élites ne sont donc pas autonomes mais totalement dépendantes de la direction du PTC (les élites les plus importantes du pays) qui quant à elle prend ses décisions en concordance avec le DOD et le SP. Ces élites demeurent donc à la merci du DOD et du SP. La dépendance est la clé de voûte du système car ses élites disposent de privilèges accordés par le DOD qui d’un côté apportent des bénéfices au régent mais de l’autre constitue une véritable boite de Pandore pour ce groupe de personnes. En effet nombreux sont ceux qui ont travaillé dans des sociétés nord-coréennes et postés à l’étranger ont décidé de fuir le régime nord-coréen étant en contact avec le « meilleur » monde occidental.

N’est pas nomenklaturiste qui le veut. Pour cela il faut répondre à des critères judicieux mis en place via le système en classes établit en juin 1970 en mentionné dans la première partie de cette ouvrage. En résumé la société nord-coréenne fut divisée en trois classes et en 51 sous-divisions[3]. Cette division sociale fut travaillée par les cadres du PTC dès décembre 1958 lorsque prirent fin les purges au sein du PC coréen[4]. La division en classes s’appuie sur le critère de loyauté envers le régime. Les membres de la première classe sociale sont ceux qui sont considérés comme étant les plus loyaux envers le régime kimilsungien. Il s’agit de manière générale de personnes qui ont des liens familiaux avec ceux qui ont lutté aux côtés de Kim Il-sung face à l’occupant japonais et lors de la Guerre de Corée. Les personnes qui appartiennent à cette catégorie sont celles qui purent obtenir des postes importants au sein du PTC, de l’APC et des structures économiques du pays. En d’autres termes la catégorisation sociale opérée depuis 1970 a forgé la naissance de groupes d’élites nord-coréennes.

Les élites nord-coréennes (appelées également donju) qui appartiennent aux principaux clans nord-coréens disposent d’un accès aux devises étrangères et aux autres formes de capitaux qui demeurent indisponibles pour la majeure population nord-coréenne. Elles sont capables de mener à bien des projets économiques à grande échelle. Ces donju gèrent des sociétés de commerce international, elles sont dans la possibilité de pouvoir acheter de l’immobilier (en général en achetant plusieurs appartements coutant chacun entre 20 et 30 000 euros, d’une surface de 100 mètres carrées construits exclusivement à partir de matières chinoise) en Corée du Nord dans les quartiers des grandes villes les plus huppées (que ce soit Moranbong à Pyongyang ou Chaehadong à Sinuiju. Ces donju investissent dans des sociétés foncières qui sont les seules à pouvoir obtenir des permis de construction de la part du ministère de la construction. Les donju sont à la tete du marché de l’immobilier en Corée du Nord et partagent les profits avec des membres du PTC.

Il existe également un groupe d’élites qui jouent le rôle d’intermédiaires financiers en prêtant de l’argent à des taux montants à 30%. Ce sont généralement des membres de familles de nord-coréens habitant au Japon (la minorité Chongryon)[5].

[1] Letter from Meeting of Electorate of Paektusan Constituency No. 111, “KCAN”, 4 février 2014.

[2] North Korea’s Royal “Mt Paektu” Bloodline, Vantage Point, vol. 36, n° 3, mars 2014, p. 43.

[3] Michael Madden, A Biography of Jang Sung-Thaek: The Juche Jump (Hey, Mr. Jang!), Parallax, vol. VI, n° 1, automne 2009, p. 33.

[4] White Paper on Human Rights In North Korea, Korea Institute for National Unification, Seoul 2008, p. 161.

[5] .The ‘Money Makers’ of North Korea, “New Focus International”, 6 mars 2013.

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