La stratification de la société nord-coréenne

Afin de mieux cerner la réalité du système nord-coréen, il est important de prendre en considération la division en classes sociales qui est devenue l’outil permettant de contrôler la population nord-coréenne et donc de pratiquer une politique autoritariste à l’égard de celle-ci.

Cette stratification en classes sociales (Chulsin Songbun) de la Corée du Nord fut notamment étudiée par Kong Dan-oh et Ralph Hassig, deux spécialistes de l’histoire de la Corée. Ces chercheurs américains considèrent que la stratification est issue du style de gouvernement de la dynastie Choson (1392-897)[1]. Cette dynastie fut dirigée par une classe noble appelée yangban[2]  qui instaura un système de stratification sociale en 4 classes principales[3] elles-mêmes divisées en 10 sous-classes. Cette stratification sociale était une hiérarchie de fait qui ne reposait pas sur des fondements religieux mais principalement sur des critères économiques. La première classe qui comprend les Yangban, la seconde, les Chungjin – les artisans, la troisième les Yangin – la population ordinaire; en enfin la quatrième les Chon, c’est-à-dire ceux qui effectuent les tâches les plus complexes. Ajoutons à cela que lors de l’ère Choson, chaque coréen était obligé de porter une plaquette sur le cou mentionnant son nom, son âge et la ville ou il habitait[4].Dans le royaume de Silla, la stratification sociale comprenait quant à elle 17 classes qui segmentaient les groupes sociaux du royaume[5].

A la différence de la stratification sociale de la dynastie Choson qui reposait sur des critères économiques, la stratification sociale de l’époque kimilsungienne repose sur des éléments politiques. C’est ainsi qu’à partir de mai 1970, la société nord-coréenne fut divisée en trois classes elles-mêmes segmentées en 51 sous-classes[6]. Cette division sociale fut cependant préparée par les cadres du PTC dès 1957 lorsque débutèrent les purges au sein du Parti Communiste nord-coréen[7]. En 1957, les cadres du Parti firent passer un décret intitulé “De la Transformation de la Lutte face aux Eléments Contrerévolutionnaires en un mouvement du Peuple centré sur le Parti” qui mis en place la politique qui justifia les purges au sein du Parti. Quand au décret du 30 mai 1970, il divisa la population en trois classes selon leur degré de loyauté au leader (partisan, neutre ou hostile au régime) et selon le lien de parenté de leurs membres aux partisans antijaponais. Cette campagne visait d’une part à légitimer le pouvoir de Kim Il-sung et d’autre part à déterminer la loyauté politique du peuple nord-coréen. Ce système en classes appelé Songbun servit de fer de lance pour lancer toute une vagues de purges jusqu’à la fin des années 60. Les membres de la classe hostile ne purent habiter qu’à 50 kilomètres de Pyongyang et de 20 kilomètres de Kaesong. Les membres de la classe hostile ne peuvent également pas habités dans les régions côtières.

La division en classes s’appuie tout particulièrement sur le critère de loyauté envers le régime. Les membres de la première classe sociale sont ceux qui sont considérés comme étant les plus loyaux envers le régime kimilsungien. Il s’agit de manière générale de personnes qui ont des liens familiaux avec ceux qui ont lutté aux côtés de Kim Il-sung face à l’occupant japonais et lors de la Guerre de Corée. Cette classe qui représente 28% de la population nord-coréenne peut être scindée en deux groupes. Le premier représente la clé de voute du système nord-coréen : environ 2 000 000 personnes qui appartiennent à la  nomenklatura nord-coréenne. Quand au deuxième groupe, la majorité est constituée de personnes jugés comme loyales à Kim Il-sung et qui disposent notamment du privilège d’habiter dans les plus grandes villes nord-coréennes[8]. Les enfants de cette classe sociale sont éduqués dans les établissements scolaires de premier degré (école maternelle Kim Jong-suk, l’école révolutionnaire Mangyongdae) et de second degré (l’Université Kim Il-sung, l’académie militaire Kim Il-sung) administrés directement par des cadres du Parti. Les artistes et les chercheurs appartiennent également à la première classe sociale. Les 45% de la population nord-coréenne qui appartient à la seconde classe sont considérés comme des personnes neutres ou à la loyauté douteuse, il s’agit de personnes qui habitent dans de plus petites villes, qui travaillent la terre mais également des personnes liés à l’enseignement confucéen[9]. La troisième classe se compose quant à elle de personnes envers qui l’état n’a pas confiance. Il s’agit tout particulièrement des propriétaires terriens, des personnes dont les familles ont collaboré avec l’occupant japonais, avec les sud-coréens mais également des religieux ou des personnes dont les membres se sont enfuis de Corée du Nord. Les membres de cette classe peuvent difficilement devenir membres de la seconde classe (cependant en corrompant des officiers, il est dorénavant tout à fait possible de changer de classes sociales[10]) et n’ont pas le droit d’être membre du PTC.

[1] Kong Dan Oh, Ralph C. Hassig (éditeurs), North Korea through the looking glass, Brookings Institution Press, Washington 2000, p. 4.

[2] Jin Duk Kyu, Historical Origins of Korean Politics, Jisik-sanup Publications Co., Seoul 2005, p. 338.

[3] Jin Duk Kyu, Historical Origins of Korean Politics, Jisik-sanup Publications Co., Seoul 2005, p. 111.

[4] Entretien de l’auteur avec le professeur Cheong Seong-chang, chercheur de l’Institut Saejong. L’entretien a été réalisé en juin 2007.

[5] Jin Duk Kyu, Historical Origins of Korean Politics, Jisik-sanup Publications Co., Seoul 2005, p. 113.

[6] Michael Madden, A Biography of Jang Sung-Thaek: The Juche Jump (Hey, Mr. Jang!), Parallax, vol. VI, n° 1, automne 2009, p. 33.

[7] White Paper on Human Rights In North Korea, Korea Institute for National Unification, Seoul 2008, p. 161.

[8] White Paper on Human Rights In North Korea, Korea Institute for National Unification, Seoul 2008, p. 164.

[9] Des informations supplémentaires sont disponibles dans l’article intitulé Social Discrimination Based on Family Background, du document “White Paper on Human Rights In North Korea”, Korea Institute for National Unification, Seoul 2008, p. 161-170.

[10] White Paper on Human Rights In North Korea, Korea Institute for National Unification, Seoul 2008, p. 165.

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