L’économie nord-coréenne et les élites de ce pays

Kim Jong-eun tente de remédier aux problèmes de l’économie nord-coréenne en mettant en place des réformes économiques ayant pour but de stimuler les sociétés nord-coréennes (par exemple les mesures du 28 juin 2012). Ces mesures ainsi que les suivantes ont pour but de décentraliser encore plus les parcelles agricoles, de procéder à un nouveau mode de distribution des richesses produites par les agriculteurs entre l’état et les agriculteurs. Les réformes économiques nord-coréennes essaient également d’être mises en place à moindre couts et à moindres risques afin de ne pas entrainer de changements irrémédiables.

De façon générale, la Corée du Nord est entrée dans une phase de libéralisation de l’économie. Depuis l’avènement de Kim Jong-eun, les fonctionnaires d’Etat ont évoqué dans les médias que des changements allaient se produire tout en s’empêchant d’utiliser le mot « réforme » dont l’usage continue d’être interdit dans le pays.

C’est ainsi qu’à l’occasion du nouvel an 2011, et à la différence de Kim Jong-il, qui ne s’exprimait pas à cette occasion, Kim Jong-eun a délivré un message verbal à la population où il a particulièrement insisté sur la notion de développement économique dans le domaine de l’agriculture, de la construction et de la science, et cela sous l’égide du Parti du Travail Coréen (PTC). Mieux, le 15 avril 2012, lors de son premier discours officiel, le leader nord-coréen s’est donné pour priorité d’améliorer la vie des citoyens nord-coréens afin de construire un Etat prospère et riche (gangseongdaekuk en coréen).

La question de l’économie nord-coréenne ne peut être dissociée de celle du rôle des structures politiques. Celles-ci (principalement le PTC, l’Armée Populaire de Corée (APC) et dans une moindre mesure la Garde Rouge des Paysans Travailleurs) se sont longtemps partagées le contrôle des sociétés nord-coréennes. Cependant, depuis l’avènement de Kim Jong-il, le contrôle par le PTC des structures économiques tend à se renforcer et l’APC perd progressivement son influence. Le PTC accentue sa domination du secteur économique en augmentant les responsabilités des organisations qui lui sont affiliées. C’est ainsi que depuis ces dernières années, les responsabilités du cabinet ministériel se sont accrues. Lors de son discours du 6 avril 2012, Kim Jong-eun a mis en avant l’idée que le Cabinet Ministériel contrôlerait désormais les finances de l’Etat et serait responsable de la politique économique du pays.

Autre fait marquant : le premier avril 2013, Kim Jong-eun a nommé Pak Pong-ju à la tête du gouvernement nord-coréen. Celui-ci était déjà premier ministre entre 2003 et 2007 avant d’être démis de ses fonctions. Il revint sur le devant de la scène en 2013 avec ses conseillers Ro Tu-chol et Kwak Pom-gi, également démis de leurs fonctions en 2007. Ces deux derniers jouèrent un rôle central dans la préparation des Mesures d’Amélioration de l’Economie du 1er juillet 2002, destinées à libéraliser l’économie nord-coréenne. Il est à noter que les inspections publiques de Pak Pong-ju sont souvent mentionnées dans les médias nord-coréens alors qu’elles étaient ignorées lorsque celui-ci était Premier ministre entre 2003 et 2007. Enfin, l’équipe des députés économistes s’est accrue le 1er avril 2013, lors de la 7ème session de la 13ème APS (Assemblée populaire suprême), qui a vu la nomination de 23 économistes parmi les 27 nouveaux nommés.

ri ryong nam
Ri Ryong-nam (première personne visible à droite) – Source : TV iranienne

Chronologiquement, le 21 novembre 2013 le gouvernement nord-coréen a annoncé des mesures visant la création de treize zones économiques spéciales conformément à la Loi de Développement des Zones Economiques promulguée six mois auparavant. Le 18 juin 2014, il a été décidé de réorganiser le Ministère du Commerce International en un nouveau ministère appelé le Ministère des Affaires Economiques Externes chargé également de coordonner les activités de deux entités économiques : la Commission d’Investissements et de Joint Ventures « Choson » et le Comité de Développement Economique et Social (CDES). Ri Ryong-nam,  ancien ministre du Commerce International a pris la tête de ce nouveau ministère et les nominations de nouveaux premiers ministres adjoints issus du secteur économique se sont succédées. Ainsi, furent nommés, dès 19 juin, en tant que premiers ministres adjoints Choe Yong-gon (ancien ministre adjoint de la construction), Kim Tok-hun (ancien fonctionnaire politique de la province de Jaggang), et Rim Chol-ung (ancien fonctionnaire au sein du Ministère des Chemins de Fer). Tous disposent d’une expérience dans la gestion des affaires économiques et voyagèrent souvent dans le cadre de rencontres économiques internationales (Choe Yong-gon se rendit en Corée du Sud en 2005). C’est à partir de 2012 qu’ont été entreprises de réelles réformes au sein de l’économie nord-coréenne. Le 28 juin de cette même année des réformes agraires étaient annoncées et une plus grande autonomie dans la distribution des récoltes a été mise en place.

Jusqu’en 2012, les coopératives agricoles nord-coréennes reversaient tout leur surplus de production à l’état (soit 100%).  Suite aux mesures économiques du 3 juillet 2012, 30% de surplus sont désormais redistribués entre les employés des coopératives agricoles. D’autre part les unités de production se sont parcellisées. Avant juillet 2012, elles employaient en moyenne 25 personnes. Dorénavant ce chiffre est de 5. Cette parcellisation favorise ainsi la spécialisation des coopératives agricoles nord-coréennes.

Le premier décembre 2012, le gouvernement assouplit les règles relatives à la distribution de la production au profit des entreprises industrielles. Le pouvoir des responsables de sociétés s’accru à l’inverse de celui des responsables du PTC attachés aux sociétés. Des primes de rendements furent alors également mises en place. Le 16 octobre 2013 que le CDES a été créé afin d’exécuter le « Plan Stratégique pour le Développement Economique National pour dix ans » qui expirera en 2020. Les fonctionnaires du CDES seront également en charge de la gestion des Zones Economiques Spéciales dans les provinces et de l’assistance aux entreprises étrangères. Créé le 17 octobre 2013, ces Zones économique spéciales géreront dans le futur des salons et des forums afin d’attirer des investisseurs étrangers tout en proposant des services de conseil adaptés. Tous les projets placés jusqu’ici sous le contrôle du Comité d’Investissement et des Joint Venture (CIJV) sont passés sous la houlette de cette nouvelle structure. Il convient de rappeler que Jang Sung-thaek, l’oncle par alliance de Kim Jong-eun exécuté en décembre 2013, était à la tête du CIJV. Le rattachement de cette structure au CDES a entrainé la subordination des investissements sous le contrôle des partenaires de Jang au PTC.

La mise en place par les autorités nord-coréennes des Zones Economiques Spéciales vise à attirer des investisseurs étrangers, à travers des mesures d’incitations fiscales. La Zone Economique Spéciale la plus connue est celle du parc industriel conjoint nord-sud localisé près de la ville de Kaesong (Corée du Nord) et de la frontière intercoréenne. Crée en 2004, ce complexe industriel a fêté ses dix ans le 30 juin 2014. Symbole de la réconciliation intercoréenne (les deux pays continuent de s’ignorer diplomatiquement), elle a nettement contribué au développement économique de la Corée du Nord. Le nombre de sociétés sud-coréennes installées dans la zone est en constante augmentation, passant de 15 en 2004 à 125 en 2013. Elles employaient à leurs débuts 6 000 nord-coréens. Désormais ils sont 52 000. De même, le volume de marchandises transitant par Kaesong est passé de 198 à 840 millions de tonnes entre 2006 et 2013 et la quantité de produits alimentaires produits a été multipliée par 130, passant de 13 à 2 000 tonnes par an. Les salaires des nord-coréens employés dans cette zone sont passés de 60 dollars par mois en 2008 à 131,5 dollars en 2013. Des entreprises européennes, notamment allemandes, souhaiteraient bénéficier des avantages de la Zone Economique Spéciale de Kaesong.

La loi sur de nouvelles Zones Economiques Spéciales a été promulguée par l’acte de Développement de zones économiques présenté le 29 mai 2013. Celui-ci mentionnait la création de nouvelles zones économiques à travers le pays. Il s’agit de la première loi qui donne des informations sur la possibilité pour les investisseurs étrangers d’investir dans ces zones. Jusqu’à présent, ces zones étaient réservées uniquement à certains partenaires choisis par les autorités nord-coréennes. Désormais, y avoir accès semble plus simple. Cet acte instaure également le partage du pouvoir de contrôle de ces zones entre le gouvernement (le seul organe de contrôle de ces zones jusqu’ici) et l’administration locale (le secrétariat du PTC régional). Chacune des nouvelles Zones Economiques se spécialise dans un domaine économique particulier (agriculture, industrie, technologies modernes…). Ces zones, dont la superficie va de 1,5 à 10 km², sont localisées, pour cinq d’entre elles à la frontière sino-coréenne, pour trois autres sur la côte est du pays et pour les cinq dernières sur la côte ouest. Par ailleurs, pour étudier le futur économique de ces zones, il sera important de suivre le développement autour des zones de Hwanggumpyong et de Wihado localisées à la frontière sino-nord-coréenne près de l’agglomération de Dandong (Chine) et de la ville de Sinuiju (Corée du Nord). Il est intéressant également de noter que les sociétés qui s’y installeront bénéficieront d’un impôt préférentiel (14%) et d’une coopération à long terme (cinquante ans). Les autorités nord-coréennes souhaitent au final y accueillir des investissements pour un montant de plus de 1 milliard d’euros.

Cinquante ans de communisme nord-coréen laissent des traces indélébiles sur la situation économique du pays. Après la chute du bloc soviétique au début des années 1990, la Corée du Nord perd une majeure partie de l’aide économique qui lui était accordée. Alors qu’au début des années 1990 le pays était peu enclin à changer de stratégie économique, il mise malgré tout depuis 2002 sur une diversification de son économie à travers un plan d’attraction d’investissements étrangers. Des investissements étrangers sont nécessaires pour un pays qui ne possèdent pas de fonds pour créer ses propres structures économiques, ni du personnel qualifié pour faire face aux défis de l’économie mondiale. Le potentiel est malgré tout impressionnant. La Corée du Nord compte près de 25 millions d’habitants et abrite de nombreux gisements de matières premières dont toutes les concessions n’ont pas été encore partagées.

L’économie nord-coréenne est indissociable de l’industrie militaire. Le secteur militaire représenterait de 40 à 60% du Produit National Brut nord-coréen. Plus de deux millions de personnes seraient employées dans le secteur militaire, 500 000 personnes dans le domaine des munitions et 1,5 million dans d’autres domaines (armes chimiques, y compris les pesticides, matériels militaires pour les armées de terre, de l’air et la marine, industrie nucléaire…).  Néanmoins, depuis les années 1980 la tendance est à la baisse dans la production d’armes nord-coréennes, accentuée par l’affaiblissement de la demande étrangère. Au début des années 1990, la valeur des exportations militaires nord-coréennes s’élevait à  550 millions d’euros. Dans les années 2010, elle ne serait plus que de 100 millions d’euros selon des estimations optimistes (1). A cela s’ajoute la statistique obtenue auprès d’un réfugié nord-coréen, ayant travaillé au sein du « Second Comité Economique » (le Ministère de l’Economie Militaire), selon laquelle les usines militaires chargées de la production d’armes ne fonctionneraient qu’à 30% de leurs capacités. Il n’en demeure pas moins vrai que les centres de recherche nord-coréen continuent de mener des travaux de développement à la pointe de la recherche mondiale concernant l’arme nucléaire, les armes biologiques, les véhicules militaires et les armes légères.

Les sociétés jadis appartenant principalement aux organisations militaires et paramilitaires, passeraient dans les mains du PTC et des Joint Ventures gérés par des Nord-coréens et des partenaires étrangers (pour l’instant principalement chinois).

Si on cherche à réaliser des affaires avec la Corée du Nord, le régime n’en demeure pas moins opaque, il est en effet difficile de joindre les autorités nord-coréennes (le simple envoi d’un courrier électronique en Corée du Nord est subordonné à une inscription préalable dans la base de données de l’administration du pays. Quant à la bureaucratie nord-coréenne, elle ne connaîtrait pas de limites. Les organisations étatiques interviendraient et contrôleraient à chaque échelle tous les processus invoquant une structure étrangère. Quant aux paiements certain sociétés chinoises attendent durant des mois les règlements de leurs partenaires nord-coréens[1].

La réalité politique nord-coréenne rend discutables les avancées économiques du pays. Aux difficultés habituelles (absence d’infrastructure, problèmes alimentaires, problèmes énergétiques) s’ajoutent deux obstacles majeurs. En Corée du Nord, les principales organisations et les courants politiques refusent d’appliquer une politique cohérente d’ouverture du pays, viable à long terme. Rien d’étonnant à cela : les Nord-Coréens sont majoritairement opposés à une invasion économique du pays et à des changements structurels de la société. Les fonctionnaires d’Etat ont bien retenu la leçon des printemps arabes ayant entrainé la chute des dictatures. Ils sont également conscients du sentiment que peut avoir la population d’être méprisée suite aux promesses non tenues du PTC en matière de relance économique sous l’ère Kim Jong-il. A cette difficulté qui n’est pas temporaire s’ajoute le refroidissement des relations entre la Corée du Nord et la Chine, le poumon économique du régime de Pyongyang. Ce refroidissement est du à deux facteurs. D’une part à la politique nucléaire agressive de la Corée du Nord et d’autre part aux difficultés pour y faire des affaires commerciales. La Chine n’apprécie guère que la Corée du Nord effectue des essais nucléaires qui à la fois perturbent la sécurité en Asie du Nord-est et qui sont réalisés sans l’en informer alors qu’elle se considère comme le garant du régime de Pyongyang. La Chine se sent alors menacé dans la mesure où elle ne sait pas qui contrôle l’arme nucléaire et sent sa position géostratégique menacée. Des essais nucléaires nord-coréens répétés dans le futur ne réchaufferont pas les relations déjà tendues entre Pékin et Pyongyang. Quant aux affaires commerciales entre des chinois et la Corée du Nord elles conduisent souvent à des impasses, les partenaires nord-coréens « oubliant » parfois de payer les contractants chinois.

C’est ainsi que la nécessité du changement n’est plus réellement discutée en Corée du Nord. Les principaux acteurs de la vie politique et économique en conviennent. Cependant, les divergences existent et portent principalement sur la nature des réformes (doivent-elles être conjoncturelles ou structurelles ?), la vitesse des changements à mettre en place (appliquer une mini thérapie de choc ?), l’orientation à développer (chercher des partenaires uniquement en Asie ou également des pays occidentaux). C’est ainsi que pour certains le modèle politique n’est pas à remettre en question car il permet de maintenir le statu quo en Corée du Nord et le bon niveau de vie des élites (1% de la population nord-coréenne), pour d’autres, les réformes à mettre en place doivent être plus importantes mais des sacrifices humains risquent alors d’être appliqués (en témoigne la purge de la fraction de Jang Sung-thaek – l’oncle de Kim Jong-eun- qui dominait les principales ressources économiques du pays).

Les changements dans l’économie nord-coréenne sont visibles et bénéfiques à la majeure partie de la population. Néanmoins, une dynamique politique est nécessaire et doit être portée non par de nouveaux partis politiques mais par une nouvelle génération de leaders affranchie du système de valeurs qui a subsisté pendant plus de cinquante ans en Corée du Nord. Le changement n’est peut-être pas proche mais il parait à long terme inévitable et meurtrier pour certaines élites. En témoignent la disparition de Pak Nam-gi, un ancien économiste nord-coréen tenu responsable de la réforme monétaire catastrophique nord-coréenne de 2009[2] et du clan de Jang Sung-thaek en décembre 2013, l’oncle par alliance de Kim Jong-eun.

Le changement de fonctionnement de l’économie nord-coréenne (qui est passée d’une économie planifiée à une économie plus ouverte et moins planifiée) a nécessité des changements de mentalité cadres qui soient capables de faire face aux changements de l’économie tout en respectant les piliers du système politique nord-coréen. Etant donné que le gouvernement est responsable de la politique économique publique du pays, les principaux réformateurs de l’économie nord-coréenne sont ceux qui sont à la tête du ministère de l’économie nord-coréenne. En effet le gouvernement décide des restrictions du marché, de la libéralisation des prix, de la redistribution du profit au sein des entreprises et du cadre juridique de la politique économique du pays. Jusque dans les années 80 tant que l’économie nord-coréenne était uniquement planifiée, le gouvernement était plus particulièrement responsable du système de distribution de nourriture et de produits économiques[3]. A partir de cette époque, la situation économique s’aggrava fortement (fin de l’aide soviétique, problèmes météorologiques,…), des changements radicaux eurent lieu dans les sociétés nord-coréennes : des sociétés firent faillite (faute de demande), de nombreux employés furent licenciés (à commencer par les femmes[4]).

L’ouverture de l’économie nord-coréenne qui débuta dans la moitié des années 80 a accru les responsabilités du gouvernement et a nécessité la nomination de nouveaux cadres économiques qui soient capables de faire face aux nouveaux défis de l’économie nord-coréenne. Historiquement parlant la première vague de réformateurs datent encore de l’époque quand régnait Kim Jong-il. A cet époque furent considérés comme réformateurs les personnalités suivantes : Yon Hyong-muk (1931-2005, Né il fit des études économiques à l’université Kim Il-sung et à Prague. ancien secrétaire du PTC en charge de la province du Chagang). Celui-ci était responsable de certaines zones économiques spéciales comme celle de Sinuiju et de Kaesong ainsi que de la première politique de redistribution des profits dans le secteur agricole et de la création de marchés dans chaque province nord-coréenne. Il proposa également le développement touristique du mont Kumgang ainsi qu’un vaste programme de stimulation de la production de biens de grande consommation en 1984 (les médias nord-coréens affirmèrent que Kim Jong-il en était le principal initiateur[5]). Un des autres réformistes de l’ère de Kim Jong-il est Kim Yong-sun, un directeur du Parti chargé des relations avec la Corée du Sud. Il a été particulièrement influent dans le cadre des projets économiques intercoréens[6].  Il faut aussi compter avec certaines personnalités extérieures au Parti, qui agissent dans le cadre du Conseil pour la réconciliation du peuple (présidé par Kim Yong-dae) et de l’Union pour la coopération économique du peuple (présidée par Chong Un-op). Soumises aux ordres du Parti, ces deux organisations mettent sur pied des projets économiques en collaboration avec la Corée du Sud et gèrent les échanges sociaux, culturels et sportifs entre les deux pays. A noter également le rôle essentiel de la Commission pour le développement de la coopération économique extérieure, présidée par Kim Yong-sul, qui gère les relations économiques avec le Japon et la Chine, et qui a la haute main sur la Zone d’administration spéciale de Sinuiju. Le pouvoir est certes toujours aux mains des quinquagénaires et des sexagénaires, mais il semble que Kim Jong-eun cherche à rajeunir les élites de son régime afin de le moderniser. Preuve en est le nombre très important de Nord-Coréens qui ont effectué de longs séjours à l’étranger pour se former à l’économie de marché. D’après le ministère de la Réunification sud-coréen, Pyongyang avait envoyé 130 personnes dans six pays (dont l’Autriche et la Suède) en 1999. Or le chiffre des stagiaires est passé à 170 en 2000 et à 500 en 2001, et ils sont désormais répartis dans une vingtaine de pays. Autre signe d’ouverture, les chercheurs nord-coréens de l’université Kimchaek développent depuis peu des projets communs avec des universités américaines dans le domaine de l’informatique. Kim Jong-eun souhaiterait également faire de l’Université Kim Il-sung, un établissement d’enseignement de classe mondiale, en cherchant notamment à inviter des enseignants étrangers à y donner des cours[7].

Les autres réformateurs de l’économie nord-coréenne sont les premiers ministres adjoints de ce pays. Ils sont tout particulièrement responsables du programme gouvernemental de mesures économiques adoptées en juillet 2002 (les dites mesures du 1er juillet 2002) qui légalisèrent un grand nombre d’échanges entre la Chine et la Corée du Nord et déparcellisèrent les terrains agricoles[8].

Tout n’est cependant pas si rose. Les mesures d’ouverture économique ont été contrecarrée par la famille des Kims qui étaient conscients de l’influence grandissante du gouvernement. C’est pourquoi en juin 2008 afin de veiller à la sauvegarde des principes du socialisme, il a été instauré un nombre maximal de marchands sur les marchés publics et un nombre limité de produits disponibles à la vente. Ajoutons à cela qu’en 2009, la monnaie nord-coréenne a été fortement dévaluée.

Ces mesures ont été mises en place par la famille des Kims qui cherchait à légitimer son pouvoir face au gouvernement et donc aux réformateurs mentionnés ci-dessus. Il en est de même pour les projets économiques sino-nord-coréens qui étaient pourtant synonymes d’ouverture économique. En décembre 2010, la Corée du Nord et la Chine signèrent un accord préliminaire pour développer l’ile de Hwanggumphyong à l’estuaire du fleuve Yalu. Un autre accord de coopération pour le développement de la zone économique de Rason a également été signé[9]. Ces deux opérations n’ont cependant pas apportés de résultats tangibles car son directeur côté nord-coréen était Jang Sung-thaek, l’oncle de Kim Jong-eun exécuté en décembre 2013. Depuis on one peut pas parler d’avancées dans ce projet.

Hélas l’économie nord-coréenne est caractérisée par la « loi d’airain de l’oligarchie », un concept formulé par Robert Michels, un sociologue socialiste allemand du début du XXème siècle qui considère que les élites mettent une organisation en question (ici le système nord-coréen) au service de leurs propres intérêts, qui à abandonner le projet révolutionnaire initial (la victoire de la révolution nord-coréenne et l’unification des deux Corées). Robert Michels appelle cela « la loi d’airain de l’oligarchie ». Jang Sung-thaek et les autres réformateurs de l’économie nord-coréenne s’y seraient perdus.

[1] Les autorités nord-coréennes donnent généralement une avance de 30% et le reste est payé après que la transaction ait eu lieu. Alastair Gale, Q&A: High Level Defector On North Korean Trade, “Wall Street Journal”, 16 septembre 2014.

[2] Certaines sources tiennent Pak Nam-gi pour vivant. Il aurait été entre autre vue au Portugal. Andrei Lankov, Recalled to life in Pyongyang, “Asia Times”, 15 avril 2011.

[3] Oh Gyeong-sob, Characteristics of Marketization in North Korea and Political Counter-measures, « Vantage Point », Décembre 2013, vol. 36 n° 12,   p. 49.

[4] Oh Gyeong-sob, Characteristics of Marketization in North Korea and Political Counter-measures, « Vantage Point », Décembre 2013, vol. 36 n° 12,   p. 49.

[5] Oh Gyeong-sob, Characteristics of Marketization in North Korea and Political Counter-measures, « Vantage Point », Décembre 2013, vol. 36 n° 12,   p. 49.

[6] Im Ul-chul, Un petit noyau de réformistes, Courrier International, 21 novembre 2002, n° 629.

[7] Status and Role as Power Successor, « Vantage Point », Septembre 2011, vol. 34 n° 9,   p. 7. Patrick Maurus, un enseignant francais est également maitre de conférence à l’Université Kim Il-sung.

[8] Oh Gyeong-sob, Characteristics of Marketization in North Korea and Political Counter-measures, « Vantage Point », Décembre 2013, vol. 36 n° 12,   p. 52.

[9] North Korea under Kim Jong Il-s rule, « Vantage Point », Janvier 2012, vol. 35 n° 1,   p. 22.

 

 

Nicolas Levi

Nicolas Levi est chercheur à l’académie des sciences de Pologne. Auteur d’un doctorat sur élites nord-coréennes. Il est auteur de livres sur la Péninsule Coréenne. Il est également auteur de texte dans la presse française, coréenne et polonaise, consultant, enseignant en sciences économiques et traducteur.

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